Qualité acoustique des constructions : les raisons des désordres

Qualitel et la fondation Excellence SMA et Qualitel ont organisé le 9 octobre dernier un colloque sur le thème des désordres acoustiques dans les constructions. Comment réduire les risques de non qualité, dans le neuf, comme en rénovation, telle est la question à laquelle cet après-midi d’échanges ambitionnait de répondre. Dans un premier temps, nous produisons ici une synthèse de l’intervention de Nicolas Balanant, qui a présenté un bilan récent des statistiques recensées dans le cadre de l’Observatoire de la qualité acoustique des logements de Qualitel.

qltl-smbtp-cllqQualitel et la fondation Excellence SMA et Qualitel ont organisé le 9 octobre dernier un colloque sur le thème des désordres acoustiques dans les constructions. Comment réduire les risques de non qualité, dans le neuf, comme en rénovation, telle est la question à laquelle cet après-midi d’échanges ambitionnait de répondre. Dans un premier temps, nous produisons ici une synthèse de l’intervention de Nicolas Balanant, qui a présenté un bilan récent des statistiques recensées dans le cadre de l’Observatoire de la qualité acoustique des logements de Qualitel.

L’objectif de la fondation Excellence SMA est de promouvoir la qualité dans les bâtiments. Elle s’efforce de comprendre et d’anticiper les pathologies, notamment à travers des rencontres, comme cette après-midi consacrée aux désordres acoustiques. Qualitel, de son côté, à travers ses spécifications, s’efforce de prévenir ces pathologies en proposant des exigences et des listes de solutions. Qualitel a également lancé l’opération Garantie de Performance, qui concerne les qualités à la fois thermiques, acoustiques et de ventilation des logements certifiés. Elle ne consiste pas à s’inscrire dans une démarche assurantielle, mais vise la conformité au projet. Concernant les opérations de réhabilitation, où l’acoustique a rarement droit au chapitre, Raphaël Slama nous exhorte à nous souvenir de ce qui s’est passé avec la réglementation sur l’accessibilité des handicapés : « à force de ne pas avancer, on a fini par adopter une réglementation lourde, coûteuse » a-t-il jugé nécessaire de souligner.

En 2008, l’Observatoire de la Réglementation Technique dans la Construction (ORTEC) annonçait un taux inquiétant de non conformités acoustiques dans les logements neufs : 50%. Quels sont donc, dans le neuf, les taux de non conformité recensés par Qualitel ? Sur les 90 000 logements certifiés annuellement Qualitel Habitat & Environnement, les contrôles par mesure acoustique portent sur une proportion comprise entre 25 % des opérations (millésime 2008) et 10% (millésime 2012). Les résultats d’analyse pour les années 2010 et 2011 concernent quelque 900 opérations et 9000 mesures acoustiques. Le taux de non conformités constatées lors de la première visite (un mois avant la livraison) se monte à 29%. A la deuxième visite, après que les travaux correctifs aient été effectués, ce chiffre tombe à 13%. A la troisième visite, des non conformités subsistent encore (3%), ce qui semble indiquer que les problèmes de mise en œuvre n’expliquent pas l’intégralité des non conformités. Les bruits de choc sont la pathologie la plus fréquente, et ce de manière très nette, puisque cette problématique est deux fois plus fréquente que les autres désordres. La majorité (80%) de ces problèmes de bruits de choc concerne les sols flottants (carrelage sur sous-couche par exemple). Une autre situation visiblement mal maîtrisée concerne les isolements aux bruits extérieurs, lorsqu’un objectif de 32 dB ou plus est requis (façades exposées au bruit d’une infrastructure de transport) : dans ces situations, le taux de non conformité atteint 26%, avec des écarts par rapport aux objectifs plutôt restreints, à la limite de la réglementation. La comparaison des chiffres entre la première et la deuxième visite montre que les problèmes de bruits aériens extérieurs et de bruits d’équipement sont plus faciles à résoudre que les bruits aériens intérieurs et les bruits de choc. Rien d’étonnant à cela, puisque ces désordres nécessitent des interventions lourdes sur le bâti, alors qu’un isolement défectueux aux bruits extérieurs se résout souvent par le simple remplacement des entrées d’air ou par la mise en étanchéité d’une fenêtre. Concernant les bruits de choc, la forte dispersion observée sur les résultats de mesure signale un manque de maîtrise de cette configuration. Le problème de la mise en œuvre des chapes flottantes provient souvent d’une absence de remontée de la sous-couche acoustique le long des murs ou d’une continuité entre la plinthe et la chape. Fort de ce constat, Nicolas Balanant, ingénieur acousticien chez Qualitel, préconise, chaque fois que possible, de privilégier les sols souples et, pour les sols durs flottants, d’exiger un autocontrôle de la part des entreprises, des sous-couches sous avis technique ou certifiées CSTBat et, pourquoi pas, de prévoir des mesures en cours de chantier. Pour les bruits aériens extérieurs, la garantie de résultat passe par un suivi de chantier par un acousticien. A travers ses spécifications, Qualitel s’efforce de prévenir ces pathologies en proposant des exigences et des listes de solutions. Par exemple, dans les années 2000, la création de l’AFSCAM, encouragée par Qualitel, s’est concrétisée par la certification des sous-couches résilientes utilisées dans la réalisation de chapes flottantes. Plus récemment, concernant la ventilation double flux, Qualitel a proposé une exigence de niveau sonore dans les chambres limité à 25 dB. Il en va de même des pompes à chaleur en enceinte chaude (ballon ECS thermodynamique), équipements pour lesquels Qualitel préconise de ne pas dépasser 25 dB. Concernant les façades légères (briques monomur, béton cellulaire, ossatures bois), les problèmes potentiels relèvent des transmissions latérales que la façade légère est susceptible d’occasionner. Il convient alors de respecter des règles de mise en en œuvre spécifiques (conception de l’encastrement ; épaisseur de plancher plus importante ; option constructive adaptée pour le refend). Concernant les ossatures bois, les programmes de recherche auxquels Qualitel participe, en partenariat avec le CSTB, le FCBA et des fabricants, en sont à mi-parcours. Si les résultats expérimentaux confirment la pertinence des solutions constructives retenues, en revanche, il reste à solutionner le problème des bruits d’équipements, des chutes d’eau notamment, cas de figure pour lequel les mesures réalisées dans le cadre de ces recherches sont toutes non conformes. Le comportement aux basses fréquences des constructions à ossature légère nécessite lui aussi d’être étudié de près. En effet, bien que non visée explicitement par la réglementation, cette problématique pourrait occasionner des situations de gêne.

Qualitel fait aussi porter ses efforts sur le volet rénovation. En collaboration avec les bureaux d’étude Gamba Acoustique et Peutz & Associés, et avec le concours de la direction Habitat, Urbanisme et Paysages du ministère chargé de l’Ecologie, Qualitel participe à un programme de recherche dont la finalité est d’apporter une aide à la prise en compte de l’acoustique lors d’opérations de réhabilitation thermique. La démarche comporte la formulation d’une méthodologie de mesures acoustiques simplifiées (bilan simple avant travaux de la qualité acoustique d’un bâtiment), et dresse une liste de recommandations techniques orientées vers la préservation des performances. Par exemple, l’isolement de façade doit être dimensionné en tenant compte de la qualité acoustique interne du bâtiment. La vigilance doit aussi porter sur les vertus acoustiques des équipements nouvellement intégrés au bâtiment.

Lire les actes du colloque (site du SMABTP - fichier pdf - 2,7 Mo)