Aviation durable, mode d’emploi

La pollution atmosphérique et les nuisances sonores autour des aéroports et sous les couloirs aériens apparaissent comme un problème environnemental et de santé publique reconnu par toutes les autorités sanitaires. En dépit des nets progrès accomplis ces deux dernières décennies sur le bruit émis par les appareils, le nombre de mouvements connaît une telle croissance que les niveaux d’exposition excèdent notamment les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Compte tenu des prévisions de trafic, lequel devrait continuer d’augmenter dans les 20 ans à venir à un rythme de 3 à 7 % l’an, on peut légitimement s’interroger sur la durabilité des politiques menées partout dans le monde. En tout cas lorsque sous le concept de développement durable, l’on entend l’application du principe pollueur-payeur, le respect des objectifs d'amélioration de la santé publique et l'obligation de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 60% d'ici 2050.

Dans un rapport publié en juillet 2004, John Whitelegg et Howard Cambridge (Stockholm Environment Institute, SEI) appellent les gouvernements à réagir et à réduire le rythme de croissance des vols. Pour ce faire, ils proposent une série de mesures destinées à poser les bases d’un développement durable du transport aérien. Une bonne part de leurs recommandations ne peuvent trouver une réalisation concrète que globalement, au minimum à l’échelon de la politique européenne. C’est le cas notamment de l’internalisation des coûts externes, environnementaux et sanitaires, dans les politiques tarifaires, qui pose évidemment le problème de la concurrence déloyale entre compagnies.

Les solutions avancées s’articulent autour de trois axes principaux :
- la prise en compte des coûts environnementaux dans celui du transport aérien,
- un plus grand recours au transport ferroviaire,
- l'utilisation de nouvelles technologies permettant d'éviter le déplacement des personnes, telles que la vidéoconférence.

Neuf recommandations principales sont proposées :
- la mise en place d'une concertation entre les parties prenantes : gouvernements, industriels, citoyens et organisations non gouvernementales ;
- l'internalisation des coûts liés à l'environnement ;
- l'adoption des seuils recommandés par l'OMS ;
- la mise en œuvre de mesures destinées à privilégier les transports publics afin de réduire de moitié les accès aux aéroports par véhicule individuel ;
- l'adoption du principe de « bulle environnementale », qui consiste à imposer aux aéroports des limites quant à leurs émissions globales de polluants ;
- l'interdiction généralisée des vols de nuit, de 23h00 à 7h00, pour protéger la santé humaine ;
- l'assujettissement des billets d'avion à la TVA en Europe et à une taxe équivalente dans les autres pays ;
- la substitution du transport ferroviaire au transport aérien pour les trajets inférieurs à 500 km ;
- l'amélioration des méthodes de mesures des émissions de gaz à effet de serre et la prise en compte des valeurs déterminées dans les stratégies nationales et internationales de réduction des émissions conformément à l'objectif fixé pour 2050.Aviation and sustainability – Stockholm Environment Institute – Juillet 2004 : www.sei.se/aviation/SEI-Aviation-Report.pdf