Troisième aéroport parisien : projet différé

On peut développer le transport aérien en France sans envisager, maintenant, la construction d'un troisième aéroport international. C'est la conclusion du rapport d'information réalisé par la commission des affaires économiques, de l'environnement et du territoire de l'Assemblée nationale sur « l'avenir du transport aérien français et la politique aéroportuaire », remis au ministre des Transports le 16 juillet dernier. Dans ce rapport, la mission présidée par François-Michel Gonnot (UMP, Oise), renvoie à cinq ans au minimum toute décision gouvernementale concernant la construction d'un troisième aéroport parisien. Plutôt que de créer de nouvelles nuisances environnementales (bruit et pollution des sols), les députés suggèrent d'optimiser l'utilisation des aéroports existants. Cette alternative est déclinée en vingt-et-un points.

Signe que les députés ont été sensibles à la situation des quelque 2,4 millions de Franciliens riverains d'Orly et de Roissy, la moitié des vingt-et-une propositions faites par la mission concernent les Franciliens et sont posées comme un véritable « contrat entre l'Etat et l'Ile-de-France ». Y sont notamment prônées la transparence de l’information et la mise en place de procédures innovantes de moindre bruit ; pour limiter l'urbanisation à proximité des aéroports, on envisage éventuellement le rachat des logements les plus exposés.

En ce qui concerne directement les aéroports, le rapport mise sur le développement de synergies entre les plates-formes parisiennes et celles de région. Ce redéploiement des trafics pourrait se décliner comme suit :
- l'ensemble des vols militaires se feraient au départ de Châteauroux (Indre) ;
- les vols à bas coûts ou charters décolleraient de Beauvais (Oise), où est déjà installé Ryanair, ou d'Evreux (Eure) ;
- les vols cargo partiraient de Vatry (Marne) ;
- les grands aéroports de province deviendraient des « hubs » (plates-formes de correspondance), soit à vocation domestique (Clermont-Ferrand, par exemple), soit tournés vers l'Europe élargie et le Maghreb (Lyon), et vers l'Espagne et l'Amérique latine (Bordeaux).

La mission préconise notamment d'optimiser le fonctionnement du réseau de TGV existant et de développer les lignes transversales pour interconnecter les aéroports entre eux. La commission parlementaire ajoute qu'en Europe quasiment tous les projets de nouveaux aéroports ont été abandonnés, et qu'aux Etats-Unis, il s'en est construit un seul au cours des cinquante dernières années.

Le rapport recommande par ailleurs le plafonnement du nombre annuel de mouvements d'avions, à 720 000 pour Orly et Roissy, d'ici à 2020. Pour avancer ce chiffre, les députés ont tablé sur une augmentation moyenne du trafic de 1,6% par an. Des hypothèses de croissance que Christian Roger, ancien commandant de bord d'Air France et président de l'Observatoire des nuisances aériennes (ONA), juge irréalistes : selon lui, malgré la crise actuelle et passagère du transport aérien, le trafic croîtra de 4% par an d'ici à 2020. Orly étant déjà plafonné, Roissy arriverait donc à saturation entre 2012 et 2016. Pour Christian Roger, il y a donc urgence à trancher sur ces questions. Sachant qu'il faut au moins dix ans pour construire un aéroport, certains voient, dans ce choix de reporter toute décision à 2008, un manque de courage de la part des députés. Sébastien Trollé, un porte-parole de l'association de riverains Advocnar (Val d'Oise), parle de « mesurettes destinées à détourner l'attention des habitants. » Il ajoute que « concentrer tout le trafic sur un des territoires les plus peuplés de France est une ineptie ». En effet, le ralentissement que connaît actuellement le trafic aérien mondial contribue sans doute à atténuer l’impact global des nuisances subies par les riverains. Le jour où une conjoncture internationale plus favorable se traduira par une reprise du trafic, il est à craindre que la polémique sur les nuisances aériennes aux abords des aéroports parisiens reprenne de plus belle.