DHL renonce à Bruxelles et choisit Leipzig

La firme de courrier express et de logistique, en pleine phase de croissance, voulait développer son « hub » intercontinental à l’aéroport de Bruxelles Zaventem. La société prévoyait un investissement de 250 millions d’euros et la création de 1400 emplois d’ici 2007. Pour ce faire, les autorités compétentes, gouvernement fédéral et régions flamande et bruxelloise, devaient autoriser une augmentation des vols nocturnes de 14 000 à 22 000 sur 4 ans.

Les premières dispositions

Les dispositions majeures du premier plan proposé par le Gouvernement belge – dans un futur accord de coopération entre le fédéral et les régions – étaient les suivantes :
- fixer des limitations très strictes du bruit émis à la fois de façon globale et par avion ;
- appliquer les contraintes aux autres compagnies opérant des vols de nuit au départ de l’aéroport de Bruxelles-National ;
- augmenter annuellement et graduellement au-delà de 25 000, le nombre de vols, et ce après réalisation, elle aussi graduelle, d’un programme d’isolation des logements riverains dans les zones les plus vulnérables ;
- harmoniser les normes acoustiques des régions et créer un institut de contrôle intergouvernemental ;
- prévoir les montants et les modalités pour l’extension de DHL à Bruxelles-National – extension qui aurait lieu en dehors du site actuel – ;
- faire une révision profonde du plan d’usage des pistes et de trajectoires de vols de l’aéroport de Bruxelles-National, pour les vols de nuit mais aussi de jour.

Echec des négociations.

Les tractations ont finalement contraint les autorités à demander à ce que l’augmentation des vols de nuit soit compensée par l’utilisation d’avions moins bruyants. Comme DHL a maintenu son exigence d’effectuer en premier lieu quatre rotations par nuit pour ensuite en faire seize avec des avions long-courriers de type McDonnell-Douglas – avions réputés bruyants –, un accord n’a pu être trouvé et DHL a annoncé ne pas envisager la construction de son hub international à Bruxelles.
Alors que les autorités belges se disaient déçues par le refus de DHL de faire des « efforts supplémentaires en matière de diminution des nuisances sonores », la direction de l’entreprise de fret mettait l’échec du projet sur le compte de l’impossibilité de trouver un consensus politique.

A l’annonce de la nouvelle, les employés de DHL ont entamé une grève spontanée. De son coté, la direction de DHL a laissé entendre qu’un nouveau lieu d’implantation serait déterminé dans les prochaines semaines et que Leipzig (Allemagne) et Vatry (France) « rencontreraient toutes leurs exigences ».

DHL à Vatry ?

Clin d’œil du calendrier, alors que se jouait le futur de DHL à Bruxelles, Gilles de Robien, ministre des Transports, inaugurait le jour même – jeudi 21 octobre – la plateforme française de fret de Vatry (Marne) en ces termes : « Vatry est une chance pour la France ». Vatry fait partie de ce que l’on appelle le « troisième réseau aéroportuaire » (le premier réseau étant constitué des deux aéroports parisiens et le deuxième des grands aéroports de province). C’est une ancienne base militaire américaine, située à 150 km à l'est de Paris et à 25 km au sud de Châlons-en-Champagne, dans une zone particulièrement peu peuplée. Avec sa piste de 3 860 m et des équipements d’aide à la navigation de haut niveau, l'aéroport peut accueillir tout type d'avions et peut fonctionner 24 h/24 h. Actuellement sous employé, ce site constitue une solution potentielle aux développements futurs de sociétés de frets telles que DHL.

Seul petit bémol, sa médiocre desserte terrestre l’isole des zones de marché. Pour contrebalancer l’effet de cet éloignement le ministre des Transports s’était engagé dès novembre 2003 à faciliter les négociations avec les intégrateurs. Pour inciter ces opérateurs internationaux, l’Etat avait décidé de proposer systématiquement des droits de trafic aux avions en provenance du monde entier et d’améliorer les dessertes de l’aéroport, par fer et par route, en reliant Vatry au TGV Est et en aménageant la RN4.

Epilogue

Leipzig a finalement été préféré à Vatry et Gilles de Robien ne cache pas sa déception après la décision, le 10 novembre 2004, du spécialiste mondial de fret express : « Nous n'étions pas favoris, mais nous avions des chances. Nous sommes allés très loin dans cette affaire, parce que nous y croyions » indiquait un de ses collaborateurs.

Aux dires du ministre des Transports, le refus de DHL ne change rien au soutien du Gouvernement à la plate-forme marnaise, bien au contraire. Les travaux de doublement de la RN4 sont donc maintenus et seront engagés en 2005 à Fère-Champenoise parallèlement à ceux de Sommesous. On reste en tout cas persuadé dans l'entourage du ministre que des contacts actuellement en cours avec des opérateurs, certes moins importants que DHL, finiront par se concrétiser, « parce que Vatry, c'est le pari de l'avenir ».