Bruit des avions : les effets sur notre santé à la loupe

Depuis 2013, pas moins de 1244 riverains des plus gros aéroports français ont été interrogés dans le cadre de l'étude épidémiologique intitulée Débats (Discussion sur les Effets du Bruit des Aéronefs Touchant la Santé). Publiés en octobre, les résultats de l'étude ne sont pas surprenants, ils confirment ceux d'études réalisées à l'étranger. Tous s'accordent à dire que l’exposition au bruit des avions en France a des effets délétères sur l’état de santé perçu, la santé psychologique, la gêne, la quantité et la qualité du sommeil et les systèmes endocrinien et cardiovasculaire. Exposition au bruit qui ne fait qu'augmenter ! 

trafic aerienEn 2004, le Conseil supérieur d'hygiène publique de France recommande la réalisation d'une étude visant à affiner la connaissance de la situation sanitaire résultant de l'exposition au bruit des avions.
Faisant suite à cet avis, la DGS (Direction Générale de la Santé) et l’Acnusa (Autorité de Contrôle des Nuisances Aéroportuaires) ont suscité la mise en œuvre d'une étude intitulée Debats qui est lancée en 2009. Pilotée par l'Acnusa (Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires) et réalisée par l'université Gustave Eiffel, l'étude se concentre sur l'exposition des riverains des plus grands aéroports français : 
 
Paris-Charles de Gaulle,
Lyon Saint-Exupéry, 
Toulouse Blagnac.
 
Jusqu'alors, aucune démarche de la sorte n'avait été entreprise en France, qui manquait d'une étude de référence. En parallèle de l'étude écologique destinée mettre en relation des indicateurs de santé agrégés à l’échelle de la commune avec le niveau moyen pondéré d’exposition au bruit des avions des communes concernées, deux études individuelles ont également été mises en place. A savoir une étude longitudinale portant sur 1 244 individus et consistant à les suivre pendant au moins 4 ans avec des mesures répétées de leur état de santé et de leur exposition au bruit des avions et une étude clinique « sommeil » auprès d’un sous-échantillon de 110 personnes sélectionnées parmi les riverains de l’aéroport Paris-CDG et de l’aéroport de Toulouse-Blagnac participant à l’étude longitudinale. Cette dernière vise caractériser de manière détaillée et spécifique les effets aigus du bruit des avions sur la qualité du sommeil tout en affinant la mesure de l’exposition au bruit.
 

Les riverains concernés par l'étude se sont entretenus avec un enquêteur à leur domicile en face-à-face en 2013 puis lors de suivis en 2015 et 2017. L'exposition au bruit des avions au domicile des participants a été estimée à partir des cartes de bruit produites par la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) pour Lyon-Saint Exupéry et Toulouse-Blagnac et par Aéroports de Paris pour Paris-Charles de Gaulle. Les questions portaient sur les caractéristiques démographiques, les modes de vie, l’état de santé...

Des résultats démonstratifs !

9% des répondants ont déclaré une durée totale de sommeil inférieure à 6 heures. 30% ont rapporté un sentiment de fatigue après une nuit de sommeil habituelle, pour une augmentation de 10 dB(A) du Lnight). 34% ont été classés hypertendus pour une augmentation de 10 dB(A) du Lden et pour une augmentation de 10 dB(A) du Lnight.. 22% ont été considérés comme ayant des troubles psychologiques. 15% ont déclaré un mauvais état de santé perçu. 18% étaient fortement gênés par le bruit des avions pour une augmentation de 10 dB(A) du Lden. De plus, il ressort de l'étude que l'exposition au bruit est associée à une baisse significative de de 15% de la variation de l'hormone cortisol pour une augmentation de 10 dB(A) du Lden), ce qui peut notamment générer un stress chronique.

L'étude révèle aussi que l'exposition augmente le risque d’hypertension chez les hommes mais pas chez les femmes ! Ces résultats devraient permettre d’évaluer les bénéfices sanitaires attendus de la mise en œuvre de mesures de réduction des nuisances sonores à proximité des aéroports. Un rapport publié par l’ANSES (l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) à la demande de la DGS et de la DGPR vient complèter l’étude DEBATS. Il propose une vision globale de la littérature scientifique produite sur le sujet depuis 2012 afin de combler les lacunes de connaissances. Il apparaît que des travaux complémentaires pourraient être menés pour affiner le niveau de preuve de certains effets sanitaires (effets sur le système cardiovasculaire et autres effets tels que le cancer du sein, les effets métaboliques de type obésité ou diabète, ou encore les effets sur le système respiratoire).

L’ANSES souligne que les incertitudes ne sont pas bloquantes pour prévenir dès à présent les conséquences indéniables et délétères du bruit aérien sur la santé que représentent les altérations du sommeil et la gêne.