Echouage des baleines : les sonars mis en cause

Le « monde du silence », l’autre nom donné à l’univers sous-marin, est bien un concept inventé par les humains. Car, pour les baleines et les dauphins, la pollution sonore des fonds marins, par les sonars militaires, du transport maritime et de l'exploration pétrolière, est bien réelle. Un rapport, publié lundi 21 novembre 2005 par le Conseil de défense des ressources naturelles (NRDC), organisation écologiste basée à New York, estime que le bruit du sonar peut induire une modification du comportement des mammifères marins sur le long terme, entraîner une perte d'audition et provoquer leur mort. Le rapport, qui fait suite à une étude de 1999, inclut des détails d'autopsies conduites sur des baleines échouées, dont on soupçonne qu'elles ont été exposées aux sonars de la marine militaire américaine. L’examen des cadavres d'une dizaine de baleines retrouvées échouées aux Canaries en 2002 a révélé des saignements dans le cerveau et les oreilles des animaux ainsi que des lésions au niveau du foie et des reins. Les chercheurs pensent que les sonars militaires sont susceptibles d’occasionner chez les cétacés une affection similaire à la maladie de décompression connue sous le nom de « maladie des caissons » chez les plongeurs. « C'est un ensemble de symptômes qui n'ont jamais été vus auparavant chez les mammifères marins  », souligne Michael Jasny, principal auteur du rapport. Selon une théorie, l’énergie sonore des sonars sèmerait la panique chez les baleines et les pousserait à remonter trop vite en surface ou à plonger trop profondément avant d'avoir pu expulser l'azote de leur organisme, les exposant ainsi à ce genre d'accident. Aux Bahamas en 2000, une expérience de l'US Navy utilisant des sonars à moyenne fréquence – 230 dB dans la gamme de fréquences 3 000-7 000 Hz – provoqua l'échouage de dix-sept baleines, dont sept furent trouvées mortes. L'US Navy reconnut sa responsabilité dans cet échouage dans un rapport publié dans le Boston Globe, le 1er janvier 2002. Par ailleurs, M. Jasny souligne qu'un lien a été établi entre les bruits provoqués par l'exploration pétrolière et gazière en mer et une baisse des prises de flétans, morues et d'autres poissons. Chez certaines espèces de poissons, ces bruits sous-marins provoqueraient de graves lésions à l'oreille interne. Le NRDC a engagé des poursuites contre la marine américaine pour tenter de limiter l'usage de ce type de sonar, couramment utilisé dans la détection des sous-marins ennemis. L’ONG recommande que des restrictions sur les bruits excessifs soient observées tout au long de l'année dans les habitats océaniques les plus importants, et de manière saisonnière sur les routes de migration marine. Par exemple, les compagnies pétrolières et gazières pourraient éviter de recourir aux études sismiques au large de la côte ouest de l'Afrique en hiver, période où se reproduisent des baleines dans la zone. Quoi qu’il en soit, le véritable impact du bruit dans l'océan reste inconnu. Les échouages ne représentent en effet qu'une petite partie des dégâts causés par les bruits excessifs sur la faune marine, souligne M. Jasny.

Sources :
Site du Natural Resources Defense Council : www.nrdc.org
Communiqué Associated Press du 22 novembre 2005