Du bon usage des écrans acoustiques

Une centaine de participants – opérateurs des directions départementales de l’équipement, maîtres d’ouvrage, gestionnaires d’infrastructures et autres acteurs de l’aménagement du territoire soucieux d’améliorer leurs pratiques –, se sont ainsi rassemblés autour du thème des écrans acoustiques, ces moyens de protection efficaces et pérennes.

Le déroulement de la session

Après un préambule de Pascal Lemonnier, chef de la Mission Bruit au ministère de l’écologie et du développement durable, Jacques Beaumont, président de la commission de normalisation des écrans acoustiques et directeur du Laboratoire Transport Environnement (INRETS) et Patrick Demizieux (Laboratoire Régional des Ponts et Chaussées de Strasbourg) ont dressé l’état des lieux des normes européennes. Vincent Steimer (CERTU) a ensuite formulé des recommandations destinées aux maîtres d’ouvrages pour la rédaction des cahiers des charges. Le point de vue des sociétés d’autoroute a été représenté par Jean-Pierre Marchand, directeur de l’environnement à ASF. Un point technique, celui du principe de couronnement d’écrans, a été proposé par Jérôme Defrance (CSTB). Gilles Giora, président de l’Association professionnelle des réalisateurs d’Ecrans Acoustiques, s’est quant à lui livré à un exposé rétrospectif de vingt ans d’évolution de la protection acoustique.

Les principales idées exprimées

Si dans son esprit, la loi bruit privilégie une approche préventive de lutte contre le bruit, la vocation des solutions curatives, elle, se limite en principe au rattrapage de situations critiques héritées du passé. Pourtant, les écrans antibruit ont encore de beaux jours devant eux. Parmi la panoplie d’outils disponibles, ils offrent en effet une solution réellement efficace de réduction du bruit, avec des gains de l’ordre de 5 à 10 dB(A). Pérennité et prévision des performances en sont donc les principaux atouts.

Sur le plan normatif, la réglementation européenne est à double visée : encourager la libre circulation des produits au sein de l’Europe, par une harmonisation des pratiques, notamment des méthodes d’évaluation des performances des produits ; répondre aux exigences de la Directive produits de construction 89/106/CEE, par la mention (marquage CE) des exigences minimales que doivent satisfaire les produits. L’arsenal normatif, qui devrait être complet dès l’horizon 2004, constitue un bon niveau de garantie pour le maître d’œuvre souhaitant comparer l’offre en présence. La caractérisation des écrans et la prise en compte de la durabilité de leurs performances acoustiques constituent en outre deux avancées majeures sur le front de la normalisation.

La détermination de la performance intrinsèque est presque complètement normalisée. La parution des méthodes d’essai pour la mesure in situ, en cours d’examen par la Commission européenne de normalisation, est prévue pour la fin 2003. Une norme d’importance, celle relative à la spécification des exigences de performance acoustiques, non acoustiques et à long terme (Pr EN 14388), devrait être publiée début 2004. Fruit du travail d’harmonisation réalisé sur ce sujet au sein de la CNEA, quinze caractéristiques permettant de spécifier les propriétés d’un écran ont été arrêtées. Cette norme servira de référence à la déclaration des caractéristiques, laquelle se basera sur des essais certifiés et des contrôles de production en usine. Par ailleurs, une innovation notable est à mettre au compte de la norme prévue pour évaluer la durabilité des performances acoustiques (Pr EN 14389-1, publication prévue pour 2004). On notera toutefois que les normes européennes ne fixent actuellement ? que les propriétés des produits, et non celles de l’ouvrage final. La prise en compte des écrans non plans dans le cadre normatif va connaître un progrès substantiel, avec la publication de la norme Pr TS 1793-5, prévue pour le printemps 2003. Actuellement au stade expérimental, cette norme devra faire ses preuves (expérimentation et validation sur 3 ans, renouvelables une fois), sa vocation étant de remplacer la norme ouvrage française NF S 31-089.

Les perspectives pour demain

En clôture du colloque, Philippe Chanard, chargé de mission environnement à la Direction des routes, a fait part de sa vision de l’avenir des écrans acoustiques. En voici l’essentiel.

Sur fond d’intensification des normes européennes notamment, de fortes exigences acoustiques, mécaniques, esthétiques et de durabilité pèsent sur ces dispositifs d’apparence simple. Qui plus est, l’efficacité d’un écran ne dépend pas seulement de sa qualité et de ses dimensions, mais aussi de sa mise en œuvre et du choix de son emplacement. Toutefois, même une conception et une réalisation soignées ne suffisent pas non plus à garantir l’efficacité d’un écran : par exemple, des erreurs dans la prévision du trafic ou de la proportion de poids lourds, le défaut d’entretien ou le vandalisme constituent des sources d’incertitude qu’il convient de réduire le plus possible.

Plusieurs pistes semblent mériter d’être poursuivies à l’avenir :

  • le progrès technique apporté par les couronnements, qui permettent des gains d’efficacité encourageants, indique que la prospective en matière de diffracteurs gagnerait à être approfondie ;
  • la multifonctionnalité : les écrans peuvent se faire supports de petite signalisation, d’éclairage, de capteurs solaires, voire même de pièges à pollution atmosphérique de proximité ;
  • l’intégrabilité : sans elle, pas de réelle appropriation par les riverains ; l’écran n’assure alors pas son rôle de liaison entre l’infrastructure et son environnement ;
  • l’adaptabilité, par exemple sous forme d’éléments démontables standardisés pour faciliter l’entretien et l’amélioration des performance acoustiques, ou d’éléments articulés pour une gestion des écrans adaptée à celle de la route, ou encore d’éléments spécifiques autorisant des issues de secours et des accès acoustiquement efficaces ;
  • la stabilité des coûts : l’objectif d’efficacité économique des dispositifs de protection oblige à imaginer des solutions permettant de maîtriser les coûts, tant de fabrication que de mise en œuvre et d’entretien. Cela peut éventuellement passer par une plus grande standardisation des produits pour les cas classiques, une signature sur le plan architectural et du choix des matériaux pouvant être réservée à des situations plus spécifiques.