Bruit et santé : bilan et propositions du réseau européen ENNAH

La réunion de clôture du projet European Network on Noise And Health a eu lieu le 6 juillet dernier. Retour sur les points forts du travail réalisé par ce réseau de recherche.

Le projet ENNAH (European Network on Noise And Health) démarré en septembre 2009 pour une durée de deux ans avait pour objectif de créer un réseau des centres de recherche qui se consacrent en Europe à l’étude des effets du bruit sur la santé. En tout, 33 laboratoires de recherche, représentant 16 pays, ont intégré ce réseau. La France y était représentée par Jacques Lambert, de l’INRETS, institut qui a fusionné depuis avec le LCPC pour devenir l’IFFSTAR. La mission impartie au projet ENNAH était de faire l’état des lieux des connaissances déjà engrangées et de proposer des pistes pour des programmes futurs de recherche. La réunion de clôture de ce projet a eu lieu le 6 juillet à Bruxelles, au Comité des Régions, sous la présidence d’Andrea Tilche, chef de l’Unité Changements climatiques et risques naturels à la Direction Générale Recherche et innovation de la Commission européenne. Pascal Valentin (ministère chargé de l'écologie), Emmanuel Briand (ministère chargé de la santé) et Alice Debonnet-Lambert (CIDB) y avaient été conviés en tant qu'observateurs. Stephen Stansfeld, de l’université Queen Mary de Londres, qui a piloté ce programme, a présenté les points forts du travail réalisé :
- meilleure collaboration entre les chercheurs bruit et les chercheurs pollution de l’air et sensibilisation de ces derniers aux préoccupations acoustiques
- revue des études déjà effectuées et identification des besoins de recherche
- mise en place d’un programme d’échanges pour les jeunes chercheurs
- partenariats nouveaux avec des pays de l’Europe centrale et de l’Europe de l’est tels que Macédoine, Serbie, Slovaquie, Slovénie, Pologne
- mise en place de deux nouveaux programmes NECHTAR (Noise, Cognition, Health, Training and Research) et ENHAC (Environmental noise, Health and Cognition). Anna Hansell, de l’Imperial College de Londres, a présenté une revue de la littérature portant sur 1148 articles. Les experts estiment que les relations sont suffisamment établies entre bruit et effets sur la santé dans les domaines suivants : la gêne ; le sommeil ; la tension artérielle. En revanche, ils estiment qu'il subsiste des lacunes sur des sujets tels que :
- les mécanismes de la multi-exposition (bruit et pollution de l'air par exemple)
- le rôle de la gêne et de la sensibilité au bruit dans l'apparition d'effets sur la santé
- les groupes vulnérables
- les effets sur la santé de sources de bruit combinées
- les effets d’une exposition brève par rapport à une exposition chronique
- la relation entre la perturbation du sommeil due au bruit et le stress
- les effets positifs du bruit
- les éventuels effets bénéfiques sur la santé des programmes de réduction du bruit (écrans, revêtements, isolation de façades, etc). Les experts du réseau estiment que les trois principaux sujets de recherche à développer en termes de besoins scientifiques sont :
- maladies cardiovasculaires et modélisation des effets
- santé mentale, développement cognitif
- sources sonores spécifiques (notamment les trains). Les trois principaux sujets à développer en termes de besoins politiques sont :
- courbes dose-réponse
- gêne due au bruit
- populations vulnérables. En ce qui concerne les enfants, Charlotte Clark, de l'université Queen Mary de Londres, a indiqué que les études menées depuis vingt ans sur les effets du bruit des avions et du bruit du trafic routier montrent de façon évidente que certaines tâches sont affectées par le bruit et notamment celles qui impliquent le langage, la compréhension des textes lus, la mémoire, l'attention. Des phénomènes de découragement, de baisse de motivation, des difficultés de communication, une frustration chez les enseignants sont également observés. On sait toutefois peu de choses sur les effets à long terme. Une étude, mais sur un échantillon très petit, a montré des difficultés de lecture subsistant six ans après. Des études longitudinales sur d'importantes cohortes d'enfants seraient donc nécessaires pour évaluer les activités cognitives, les performances scolaires sur le long terme. Il serait intéressant également de superposer les cartes de réussite aux examens scolaires avec les cartes de bruit désormais disponibles. Par ailleurs des études sur les bénéficies à attendre des travaux d'insonorisation et d'amélioration de l'acoustique intérieure des écoles, en termes de diminution des retards scolaires constatés chez les jeunes enfants dans les zones aéroportuaires, seraient les bienvenues. Birgitta Berglund, professeur émérite de l’Université de Stockholm, a déploré le fait qu’il n’y ait pas de grand programme de recherche spécifiquement identifié « Bruit » et qu’il faille toujours lire entre les lignes des différents programmes européens pour trouver un moyen de proposer une étude sur les effets du bruit sur la santé. Elle regrette aussi qu’on soit en train de cartographier toute l’Europe en détails mais avec des indicateurs qui ne sont pas suffisamment reliés aux effets sur la santé : il se peut qu’une exposition à un niveau de bruit de 85 dB(A) sur le lieu de travail soit moins dangereuse qu’une exposition à 65 dB(A) dans le logement où les activités des individus sont alors perturbées. Joachim d’Eugenio, de la Commission européenne (DG environnement), a reconnu qu’il fallait que la politique bruit passe à un niveau supérieur. L’ambition de l’Union européenne est d’améliorer la situation de chaque citoyen ; or il est pour l’instant difficile de comparer les niveaux de protection existant dans les différents pays, car les indicateurs, les limites, les concepts ne sont pas les mêmes. Par ailleurs on ne dispose pas de suffisamment de données sur l’impact qu’a, par exemple, une réduction de 1 dB du niveau sonore des automobiles sur la santé des habitants. Enfin, les liens entre les niveaux de bruit tels qu’ils apparaissent dans les cartographies et les plans d’action qui sont élaborés ensuite ne sont pas assez stricts, il faudrait une mise en œuvre assortie de pénalités. L’ensemble des travaux menés par le réseau est disponible sur www.ennah.eu