Prévision du bruit des éoliennes : la recherche avance, mais la démarche reste complexe

La huitième édition du congrès Wind Turbine Noise s’est tenue à Lisbonne les 12, 13 et 14 juin 2019. La manifestation a réuni un peu moins de 200 participants, issus de 27 pays, principalement venus du monde de la recherche, des fabricants d’éoliennes, des exploitants de parcs et de l’Administration en charge du contrôle de ces installations. Le CidB, qui a assisté à cette manifestation, vous propose une synthèse des principaux enseignements à tirer de ce congrès.

La prévision du bruit des parc éoliens : comment réduire l’incertitude ? La prévision du bruit émis par un parc éolien est un exercice difficile. A plusieurs centaines de mètres d’un parc, l’empreinte sonore des éoliennes est très fortement influencée par les effets météorologiques, la force du vent surtout, mais aussi les gradients de température, l’humidité, les effets de sol, l’absorption de l’air dans les fréquences aigües, etc. Il y a tant de paramètres influents que pour obtenir une modélisation pas trop approximative, il faut réduire l’incertitude à chacune des étapes de la prévision. C’est dire si la démarche requiert expertise, méthode et expérience. L’existence même de cette huitième édition du congrès international sur le bruit des éoliennes montre bien que tout n’est pas encore parfaitement maîtrisé. Or, la précision des modélisations constitue un enjeu crucial : pour les exploitants, une éolienne arrêtée 20% du temps, c’est 20% de recettes en moins. Mieux vaut connaître ces limitations avant de lancer le projet plutôt qu’après. Des normes ont été rédigées dans ce sens. La norme ISO 1996-2 notamment. Pour prédire le bruit de fond, une piste de progrès pourrait provenir du “machine learning” : en se basant sur un grand ensemble de données, par un processus d’itération, on peut apprendre au modèle à élaborer des arbres de décision qui à leur tour permettent de prédire des valeurs de bruit de fond en fonction des différents paramètres météorologiques. Cette approche a été présentée par Alexis Bigot, du bureau d’études français Sixense Environnement. Le niveau bruit de fond est souvent très proche de celui de l’éolienne, a fortiori quand le vent est fort. Pour s’assurer de bien mesurer le bruit éolien, et non le bruit du vent dans les feuilles ou le chant des oiseaux, il est par exemple préconisé de mesurer entre 23 heures et 4 heures du matin, et en un point éloigné de tout feuillage. Les antennes acoustiques trouvent par ailleurs toute leur pertinence quand il s’agit de s’assurer qu’on mesure bien le bruit de telle turbine éolienne et non l’empreinte du parc entier. Toujours sur ce sujet du mesurage, des techniques ont été développées afin d’éviter de mesurer le bruit du vent dans le microphone. La particularité de la réglementation française, avec son insolite émergence acoustique, a par ailleurs fait l’objet d’une présentation. Les Français et les Italiens semblent en effet être les seuls à caractériser la gêne due au bruit des éoliennes au moyen du critère de l’émergence acoustique. Quant aux lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), elles ont fait l’objet d’un débat animé, les seuils recommandés par l’OMS étant jugés trop faibles.

Wind Turbine Noise – Huitième édition – Lisbonne – 12-14 juin 2019 - https://www.windturbinenoise.eu