En ces temps de crise sanitaire, on parle beaucoup du risque de contamination à la covid-19 au travail. Mais un risque ne doit pas en masquer un autre. Et l'exposition au bruit est un risque professionnel très présent en open-space. L'Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS) a dédié une journée au bruit dans les bureaux ouverts. L'INRS revient sur les moyens de contrôler le bruit, et parle de l'avenir de ces lieux de travail partagés, en constante évolution depuis plus d'un siècle.

L'open-space concerne aussi des salariés de tous les secteurs d’activités : sociétés de services, grands centres d’appels téléphonique, start-ups, halls d'accueil, Samu...
Pour les salariés concernés, le bruit est la principale source de nuisances. 95% des salariés déclarent être incommodés par le bruit, notamment par les conversations, puis par : les sonneries de téléphones, la circulation des collaborateurs, les machines...
Pourtant, l'intensité sonore en open-space est généralement en dessous du seuil d'alerte (80 dB(A)) puisque l'INRS mesure généralement 50 à 60 dB(A) en bruit ambiant et 70 dB(A) sur 8 heures au casque téléphonique. Mais cela ne signifie pas que la santé des travailleurs soit pour autant préservée. Les effets auditifs et extra-auditifs de la gêne au travail ont un impact considérable, tant au niveau de la productivité que du bien-être des salariés.
Mettre le salarié au coeur de la démarche
Avant toute intervention, s'interroger sur ce que le salarié ressent est nécessaire, autant qu'identifier chaque source de gêne dans l'espace de travail. L'utilisation d'un questionnaire est un moyen d'agir très rapide, permettant de donner le coup d'envoi d'un projet d'insonorisation d'un tel lieu, surtout quand les salariés sont en situation de souffrance. L'INRS, à travers le questionnaire GABO (Gêne Acoustique dans les Bureaux Ouverts), a sondé le ressenti de plus de 1000 employés vis-à-vis de leur environnement physique de travail. L'outil est accessible à toutes les entreprises sur le site de l'INRS. Un certain nombre d'entreprises tertiaires a accepté d'en partager les résultats avec l'INRS entre 2014 et 2019.
Pour les répondants, leur environnement physique de travail est moyennement satisfaisant, notamment au niveau de l'ambiance sonore (après la température des locaux). Pour 5% des salariés, le bruit est même perçu comme très intense sur le lieu de travail ! Toutes les sources de bruit représentent une gêne, mais les conversations intelligibles sont la gêne la plus intensemment perçue. Plus intéressant encore, seulement 10% des salariés se déclarent sensibles au bruit de manière générale. Pour l'intervenante Marjorie Pierrette, cela signifie qu'il n'est pas nécessaire d'être sensible au bruit dans la vie pour être gêné par le bruit au travail. 21% des salariés souhaitent retourner à un bureau individuel. Et c'est alors le bureau partagé (bureau fermé dédié à 2-3 personnes) qui est la solution la plus plebiscitée. Pouvoir contrôler son espace de travail a également une incidence sur la gêne ressentie.
Mais une bonne démarche de prévention ne peut pas s'arrêter au questionnaire. Présenter l'initiative en CSE (Comité Social et Economique) permet de pleinement impliquer les salariés d'une entreprise, autant que de restituer les résultats auprès d'eux. Il faut également garantir la confidentialité et l'anonymat de la démarche.
Une norme Afnor pour améliorer l'environnement acoustique
A l'occasion de la journée d'information, est présentée la norme NF S 31 199 qui offre une méthodologie pour limiter le bruit en open-space, les indicateurs de mesure ont été explicités. Les descripteurs sur lesquels se base la norme répondent à trois leviers de performance acoustique :
- La réduction du niveau sonore,
- La préservation de la confidentialité,
- La réduction de la propagation des ondes sonores permettant des échanges sans déranger le voisinage immédiat.
Afin de faciliter la mise en place de comportements respectueux, la nouvelle norme propose dans une annexe une charte d’utilisation des espaces ouverts qui rassemble une série de suggestions de comportements, individuel et collectif, afin de réduire les nuisances sonores comme par exemple éviter de téléphoner en se déplaçant ou encore de limiter dans le temps les discussions.
Des solutions innovantes
En fin de journée, Thomas Bonzom (Cramif) est intervenu afin de rappeler les enjeux à ne pas oublier pour traiter l'acoustique d'un espace de travail partagé :
- réduire le bruit ambiant,
- réduire l'intelligibilité entre les postes,
- réduire l'intelligibilité entre les benches/équipes,
- prévoir des espaces supports adaptés,
- prévoir des espaces de détente séparés.
La Cramif recommande notamment de prévoir au moins 10m2 par occupant, ce qui n'est pas souvent le cas dans les espaces de travail aujourd'hui.
Pour que l'acoustique du local soit de qualité , il est nécessaire que celui-ci soit peu révérbérant, avec l’utilisation de matériaux absorbants de bonne qualité en plafond... Ce traitement correctif peut être complété par des des systèmes de baffles suspendues.
Dès lors qu'on n'a pas besoin de collaborer avec les postes voisins, une solution efficace consiste à installer des cloisonnettes suffisamment hautes. Dans les espaces collaboratifs où il faut favoriser la communication on peut travailler sur l’organisation de l’espace afin de limiter les déplacements entre postes qui peuvent s’avérer bruyants. Et attention aux planchers techniques qui favorisent la résonnance des bruits de pas ! Enfin, l'acoustique des machines doit être traitée (capotage des photocopieuses par exemple).
Thomas Bonzon livre dans sa présentation des exemples intéressants de ce qui existe sur le marché des équipements séparatifs, des absorbants murs et plafond, des "cabines téléphoniques"....